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Quand on écrit un long roman avec une IA, les éléments décidés au début s'estompent peu à peu. Pour résoudre ce problème, j'ai construit le Monde, le dictionnaire des éléments de l'histoire de TypeTak, et je raconte, épisode par épisode, les questions que je me suis posées et les choix que j'ai faits.

Pourquoi l'IA oublie-t-elle le début d'un roman ?

Une IA oublie le début d'un long roman parce qu'elle ne peut lire qu'une quantité limitée de texte à la fois. Quand le manuscrit dépasse cette limite, elle ne voit plus directement les premiers chapitres et doit aller relire ce qui a été noté ailleurs. Pour cette relecture, je vois deux méthodes : le RAG, qui retrouve les passages au sens proche et les joint à la demande, et la lecture de fichiers où tout a été mis au propre.

Je développe TypeTak, un logiciel d'écriture avec IA : l'auteur y écrit son roman avec un agent, une IA qui travaille à ses côtés. Pour que l'IA n'oublie pas, au fil d'un long roman, ce qui a été décidé au début, j'ai créé le Monde : un dictionnaire où les éléments de l'histoire sont mis en ordre, et où l'IA va les lire quand elle en a besoin. Cette série raconte, dans l'ordre, comment je l'ai construit.

Ce premier épisode se situe avant l'existence du Monde. J'y raconte comment j'ai réfléchi à la façon de faire retenir à l'IA le début d'un roman, et laquelle des deux voies j'ai choisie.

Ce qu'une IA lit en une fois a ses limites

La portion de texte qu'un modèle d'IA lit en une fois s'appelle la fenêtre de contexte. Sa taille varie selon les modèles et augmente d'année en année, mais quand un feuilleton dépasse la centaine de chapitres, il devient difficile d'y faire entrer tout le manuscrit à chaque fois. Et même quand c'est possible, cela coûte cher.

Une grande fenêtre ne règle pas tout. Une étude publiée en mars 2026, « Lost in Stories », a mesuré à quelle fréquence une IA qui écrit une longue histoire produit des phrases en contradiction avec des faits établis plus tôt. Les contradictions portaient surtout sur les faits (qui possède quoi) et sur la chronologie (ce qui s'est passé, et quand), et elles se concentraient vers le milieu de l'histoire plutôt qu'au début ou à la fin. (arXiv)

Côté auteur, cela donne ceci : le héros blessé au bras gauche au chapitre 3 manie l'épée à deux mains au chapitre 10, et un personnage secondaire qui vouvoyait tout le monde se met à tutoyer sans raison.

Tout outil d'IA conçu pour les longs romans doit donc répondre à la même question : comment faire relire, au bon moment, ce qui est resté hors de la fenêtre ? J'ai vu deux réponses.

Première méthode, le RAG : chercher par le sens ne fait pas remonter ce qui s'est accumulé

Le RAG découpe le manuscrit en petits fragments qu'il stocke, puis retrouve ceux dont le sens est proche de la scène en cours d'écriture et les transmet à l'IA. La méthode fonctionne bien quand la réponse tient entière dans un seul passage, comme pour une documentation interne ou un service client.

Pour un roman, j'ai jugé qu'elle atteignait vite ses limites. Une histoire n'a pas besoin de phrases qui se ressemblent, mais du résultat de tout ce qui s'est accumulé.

Si l'on demande « dans quel état est le bras gauche du héros en ce moment ? », le RAG rapporte plusieurs passages où figure le bras gauche : la scène de la blessure, celle du bandage, celle de la guérison, toutes mélangées, sans dire laquelle correspond au moment présent. Quant à une question comme « pourquoi ces deux personnages se sont-ils brouillés ? », la réponse s'est construite sur plusieurs chapitres et ne tient dans aucun passage : une recherche par le sens n'en rapporte que des morceaux.

Chercher par le sens répond à « qu'est-ce qui ressemble à ceci ? », pas à « qu'est-ce qui s'est accumulé jusqu'ici ? ». J'ai donc décidé de ne pas mettre le RAG au cœur de la mémoire.

Deuxième méthode, les fichiers : on suit les liens, mais sans forme fixe

L'autre voie consiste à rassembler les éléments de l'histoire dans des fichiers à part, que l'IA lit. C'est la même idée que la bible de l'univers que tiennent beaucoup d'auteurs. La forme la plus courante est celle d'un wiki : une page par personnage, une par lieu, reliées entre elles par des liens.

Ce qui m'a attiré vers les fichiers, ce sont justement les liens. Dans un wiki, on passe de la page « Héros » à la page « Maître du héros », puis à « La blessure du maître ». On suit ce qui est relié, que le sens soit proche ou non. Pour retrouver une histoire qui s'est construite peu à peu, c'était la bonne approche.

Les fichiers avaient pourtant deux points faibles.

  • Pas de forme fixe. Si on laisse l'IA écrire comme elle l'entend, chaque page prend une forme différente. L'IA s'y retrouve quand même, mais pour un humain, c'est pénible à parcourir et à corriger. Une bible que l'auteur ne peut pas vérifier n'inspire pas confiance.
  • Sans rangement, tout s'entasse. Les éléments de l'histoire changent sans cesse pendant l'écriture. Si on ne range pas à chaque changement, le même personnage se retrouve avec deux pages, ou une page garde des informations contradictoires. Une bible incohérente est pire que pas de bible du tout.

J'ai donc choisi les fichiers

Une fois les deux voies mises côte à côte, la réponse penchait du côté des fichiers. Les limites du RAG tiennent à la méthode elle-même, alors que les deux faiblesses des fichiers me semblaient pouvoir se résoudre.

  • Pas de forme fixe ? Il suffit d'en définir une : lisible pour un humain, et que l'IA peut remplir seule.
  • Sans rangement, tout s'entasse ? Il suffit de faire du rangement une tâche à part entière : que le même élément ne soit jamais créé deux fois, et que chaque changement aille à sa place.

C'était plus facile à dire qu'à faire. Résoudre ces deux problèmes m'a pris plus de temps que prévu, et les fichiers qui en sont sortis forment aujourd'hui le Monde de TypeTak.

Le prochain épisode traite du premier problème : la forme. J'en ai trouvé la clé dans Namuwiki, le grand wiki collaboratif coréen. J'y raconte comment des milliers de pages consacrées à des œuvres, écrites par des personnes différentes, finissent par avoir la même forme, et ce que j'en ai retenu.

Pour TypeTak, j'ai choisi de faire retenir le début d'un roman non pas avec un RAG qui cherche par le sens, mais en faisant lire des fichiers bien rangés, en suivant leurs liens. En échange, il a fallu prendre en charge deux chantiers : la forme et le rangement.

Questions fréquentes

Comment un outil d'écriture IA se souvient-il du début d'un roman ?

Une IA ne peut lire qu'une quantité limitée de texte à la fois (la fenêtre de contexte) : pour le début d'un long manuscrit, elle doit relire ce qui a été noté à part. Il existe deux grandes méthodes : le RAG, qui retrouve parmi les fragments du manuscrit ceux dont le sens est proche, et la lecture de fichiers (un wiki) où les éléments de l'histoire sont rangés.

Une IA avec une grande fenêtre de contexte oublie-t-elle quand même le début d'un roman ?

Oui, cela peut arriver. La fenêtre de contexte, c'est la quantité de texte que l'IA lit en une fois : plus elle est grande, plus on peut y mettre de manuscrit, mais plus cela coûte cher. Et même ce qui tient dans la fenêtre n'est pas toujours bien lu. Dans l'étude « Lost in Stories » (2026), les incohérences d'une longue histoire se concentraient vers son milieu.

Pourquoi le RAG convient-il mal aux romans ?

Le RAG découpe le manuscrit en petits fragments et transmet à l'IA ceux dont le sens est proche. Or un roman a besoin de ce qui s'est accumulé sur plusieurs chapitres et de l'état présent, qui ne tiennent dans aucun passage isolé. Une recherche par le sens rapporte donc des fragments de plusieurs moments, mélangés, sans indiquer lequel vaut pour aujourd'hui.

Quels sont les inconvénients d'un wiki pour ranger les éléments d'un roman ?

Un wiki permet de suivre les liens jusqu'aux éléments voisins, mais il a deux faiblesses. Sans forme définie, chaque page a sa propre structure et devient difficile à vérifier. Et si on ne range pas à chaque changement, le même élément apparaît deux fois ou des informations contradictoires s'accumulent.

Fonctions utilisées dans cette leçon

Le mode d'emploi détaillé est dans le guide.

Auteur
Oasis

Je développe TypeTak. Dans cette série, je garde la trace des problèmes rencontrés en concevant le Monde et des réponses retenues.

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